Pratiques divinatoirestraditionnelles chinoises

Extrait de “Manuel des superstitions chinoises, ou Petit indicateur des superstitions les plus communes en Chine.”
Par le P. Henri DORÉ, S. J. (1859-1931).
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Hien‑p’ai, vulgo han‑p’ai, la bonne aven­ture tirée par un oiseau.
Certains diseurs de bonne aventure se servent d’un oiseau patiemment formé à ce manège, pour tirer des billets sur lesquels ils lisent l’avenir de leurs clients. Les billets enroulés sont posés sur une table, le devin ouvre la porte d’une cage, d’où sort un oiseau qui va becqueter un des petits rouleaux de papier. Le premier qu’il touche est celui qui contient le destin de celui qui vient faire dire sa bonne aventure.

Tch’é‑tse, tirer les caractères.

Deux manières principales :

1° Le devin est assis devant une table à la porte des villes ou dans les carrefours des rues.
Sur la table sont des rouleaux de papier sur lesquels est écrit un caractère. L’intéressé arrive, en choisit un au hasard pour savoir si telle ou telle affaire réussira ou non, si la maladie guérira ou non, si tel jour est favorable ou non pour un projet déterminé.
Le rouleau est remis au devin, qui dissèque le carac­tère et en tire un pronostic faste ou néfaste.

2° L’intéressé écrit lui-même un caractère à son choix, puis demande au devin ce qu’il en pense, relative­ment à telle décision à prendre.

Soan‑ming, le diseur de bonne aventure.
Les diseurs de bonne aventure chinois sont bien souvent des aveugles, qui y trouvent leur gagne‑pain. Ils parcourent les rues en raclant leur violon, et supputent l’avenir à l’aide des pa‑tse ou huit caractères de leur client.
Les professionnels dans les villes ont recours à des méthodes plus compliquées, ils apprennent de mémoire des livres entiers traitant des lois de la divination, et rédigent même une feuille où sont consignés les motifs de leur conclusion.

Pou‑koa, jeter des sorts.

Pratique très répandue. On se sert de deux morceaux de bois ou de corne taillés en forme de coquille d’huître allongée. Cet instrument, appelé kiao ou pei-kiao, est fait le plus souvent en racine de bambou. Il peut avoir un ou deux pouces de largeur sur trois ou cinq pouces de longueur.

L’individu qui jette les sorts va se prosterner devant une idole, réunit les deux morceaux, les passe en rond autour de la gerbe d’encens qui brûle devant le poussah, puis les jette à terre au pied de l’autel.

Il regarde s’il y a pile ou face, c’est‑à‑dire si la partie bombée est tournée en haut ou en bas, et suivant des règles établies pour ce genre de sorts, il conclut que sa prière est exaucée ou non.
1° Les deux parties bombées tournées en haut, c’est : non.
2° Les deux parties planes tournées en haut, c’est : indifférent.
3° Une partie plane et une partie bombée tournées en haut, c’est : oui.

Il y a des opuscules indiquant les diverses conclusions qu’on peut tirer d’après la situation des morceaux de bois tombés à terre. Ce genre de divination se fait non seule­ment dans les pagodes devant les poussahs, mais très souvent dans les demeures des gens du peuple, toutes les fois que l’on doit prendre une décision importante.

Les paysans fendent en deux une grosse racine de bambou, la taillent sommairement, et obtiennent ainsi sans frais un instrument de divination.

Tchou‑ko kin‑ts’ien‑koa, divination de Tchou‑ko Liang.
Manière populaire de connaître l’avenir ou une chose cachée.
La méthode est très simple : il suffit de choisir cinq sapèques et de les jeter au hasard, sur une table ou sur le sol, puis de regarder combien de sapèques pile, com­bien de sapèques face. Il y a 32 combinaisons possibles ; elles sont toutes indiquées dans un petit opuscule, et chacune d’elles a sa glose expliquant, la bonne fortune ou la malchance, répondant oui ou non à la question posée, lais­sant entrevoir le succès ou l’insuccès de la chose proposée.

Wen Wang k’o la divination de Wen Wang.

Le principe est le même ; on emploie seulement trois sapèques. Quatre combinaisons possibles :

1° Les trois sapèques face : kiao, ‘chance’.
2° Les trois sapèques pile : tchong, ‘malchance’.
3° Deux face et une pile : tan, ‘passable’.
4° Deux pile et une face : tch’é, ‘presque mal’.
On peut aussi figurer chacune de ces combinaisons par un des trigrammes de Fou Hi, et ainsi prévoir l’avenir avec les méthodes de divination par les pa‑koa.
Le nombre d’expériences rituel est fixé à six fois. Ces six coups combinés donnent la réponse définitive.

La divination par les pa‑koa.
Les lettrés usent très fréquemment de cette méthode à l’aide du I-king, Livre des Mutations. Ils jettent les sorts pour connaître le n° de l’hexagramme à consulter. Le sort ayant désigné celui des 64 hexagrammes qui donnera la réponse à la question posée, ils examinent attentivement les deux trigrammes composants, le supé­rieur et l’inférieur. Il ne reste plus qu’à voir si la mutation du trigramme inférieur au trigramme supérieur est faste ou néfaste, par rapport à la question pendante.
Les esprits forts, les grands mandarins, Li Hong‑tchang 3 et autres, ont tous usé et abusé de ce genre de divination. L’incrédule Tchou Hi était un des plus fervents.

Lou‑jen, k’o , la divination des six jen.
C’est la divination cyclique etc… (k’i men toen kia k’o par la combinaison des troncs célestes et des rameaux terrestres. Le sort désigne les caractères du cycle duodécimal à unir aux caractères du cycle décimal, et on en tire bon ou mauvais présage.

Siang-mien, le physiognomisme.
Les physiognomistes sont très nombreux en Chine, et peu de Chinois païens résistent à la tentation de connaîtrele présage qu’ils tireront de l’inspection des traits de leurs visage, de la longueur de leurs bras, de la grosseur de leurs os, de la disposition de leurs sourcils, ou de la figure formée par les plis de la paume de la main. Beaucoup sont convaincus que ces caractéristiques du corps humain influent inévitablement sur l’état de fortune, la santé, le bonheur ou le malheur des hommes.
Les marchands de remèdes venus du nord avec leurs chameaux trouvent dans cette industrie la meilleure source de leur profits. L’examen du visage devant un chameau est un moyen certain de connaître l’avenir d’une personne. Les paysans donnent volontiers une somme assez ronde­lette pour expérimenter le procédé.

Les tables tournantes.
Des talismans sont collés sur les pieds de la table ; les gens désireux d’obtenir un oracle appuient les mains sur la table et elle se soulève, frappant un certain nombre de coups suivant les questions posées et les conventions fixées.

Les pinceaux formant des caractères.
A certaines grandes fêtes païennes, dans des temples célèbres, on raconte que des réponses sont écrites au moyen d’un pinceau fixé à une table ou à un instrument quelconque. Ces pratiques sont courantes parmi les taoïs­tes et même dans certains temples bouddhistes.
Récemment, à Chang‑hai, on a pu voir un pinceau monstre qui, mis en mouvement, écrivait des caractères en réponse aux questions posées. Supercherie ou non, les faits existent certainement.

Koan‑wan, pénétrer [chez les] morts ; tseou-tch’ai, aller [comme] délégué [chez les morts].
Par l’entremise d’un ‘médium’, qui est censé des­cendre dans les régions inférieures, ou du moins converser avec l’âme des défunts, on interroge sur l’avenir. Le ‘médium’, généralement une matrone taoïste, s’agenouil­le devant une idole, se couvre le visage, passe dans le monde inférieur (kouo‑in), puis converse avec les mânes des morts, les interroge sur la fortune, la santé, la longueur de la vie de telle ou telle personne.
Plus souvent, les questions roulent sur l’état et les besoins de l’âme dans l’autre monde, sur les aumônes en nature ou en papier‑monnaie qu’il serait utile de lui faire parvenir, afin d’améliorer sa situation.
Les vieilles femmes tao‑niu qui font métier d’évoquer les morts, tchao‑wang, choisissent quel­quefois certains jeunes gens nerveux, les hypnotisent et les forment peu à peu à entrer soi-disant en relation avec les défunts. J’en ai connu au moins un exemple certain.

Tché je-tse, k’an je-tse, le choix des jours.

Les jours favorables et les jours néfastes sont minuti­eusement consignés dans le calendrier Hoang‑li, qui paraissait chaque année avec approbation de l’État, jusqu’à la fin de la dynastie des Ts’ing. La République a chan­gé cette vieillerie, mais il en paraît encore furtivement, et le peuple à l’intérieur des provinces, continue à s’en servir pour choisir les bons jours et éviter les jours néfastes, sur­tout s’il s’agit de se mettre en voyage, de bâtir une maison, de réparer le fourneau, d’appeler le tailleur ou de faire un enterrement, un mariage.

Une foule de petits lettraillons en quête d’existence, font profession d’indiquer les bons jours aux passants, à l’entrée des villes, à la porte des pagodes et dans les carrefours des rues.

Notre ancien vice‑roi des deux Kiang, nommé Tcheou Fou, dut toute sa fortune à sa bonne chance d’avoir indiqué un bon jour à Li Hong‑tchang, pour livrer bataille aux Tch’ang‑mao. Li fut victorieux et patronna puissamment son petit devin, qui monta de degré en degré aux plus hautes dignités. Comme souvenir de son ancien métier, le vice‑roi Tcheou Fou garda toujours les pa‑koa sur ses drapeaux. Il se servait en effet des pa‑koa pour trouver les jours fastes. D’autres se servent de l’astrologie.

Les astrologues prédisent l’avenir, indiquent les jours favorables ou néfastes, supputent la santé, la maladie ou la mort, d’après la position des astres et après connaissance préalable de l’étoile sous laquelle un individu est né.

Quelquefois ils changent l’étoile, afin d’écarter l’ad­versité qui résulterait infailliblement de par héritage de naissance. Ils inventent cent drôleries pour bénéficier de la crédulité humaine.

Tchan choei-wan, chou tchou, planter les bâtonnets.
Quand les enfants sont malades, les mères de famille prennent trois bâtonnets, les enfoncent perpendiculairement dans un bol d’eau, les tournent en posant des questions. Pourquoi mon enfant est‑il malade ? Quelque défunt veut-­il se venger ? Est‑ce un mort de la famille ? Que faut‑il lui envoyer dans l’autre monde pour l’apaiser ? Mon enfant guérira‑t‑il ? La maladie est‑elle grave ? etc…
Ce disant, elle font tournoyer leurs bâtonnets en les tenant bien droits, jusqu’à ce qu’elles parviennent à les faire tenir debout un instant. La question qu’elles posent au moment même se trouve ainsi résolue par l’affirmative.

Ta‑che, tirer un horoscope.

Voilà un des moyens populaires de connaître l’avenir sans frais. L’opérateur tient sa main gauche ouverte, bien étendue, sans se préoccuper du pouce ni du petit doigt, fixant son attention sur les jointures des doigts médians. (3×3=9jointures ; mais les 3 jointures inférieures ne sont pas utilisées.)

Voilà son instrument de divination.

Sur ces jointures, il compte le nombre de mois ; le nombre de jours, le nombre d’heures, marquant la date précise de l’affaire dont il veut avoir connaissance. La dernière jointure où s’arrête le dernier nombre indiquera la solution. Car chacune des 6 jointures a un cliché correspondant bon ou défavorable.

Exemple. J’ai perdu un objet à la IIIe lune, le 4e jour, à la 5e heure. Pourrai-je le retrouver ?

Comptons sur les jointures : 3 pour la lune, 4 pour les jours, 5 pour les heures : on s’arrête ainsi sur la der­nière jointure, la 12e, siao‑ki, petite chance.

Voici les six clichés pour les six jointures, en com­mençant par l’index :

1° Ta‑ngan, parfaite paix.
2° Lieou‑lien, un peu de patience.
3° Sou‑hi, prompte joie.
4° Tch’e‑k’eou, mécomptes (bouche rouge).
5° Siao‑ki, petite chance.
6° K’ong‑wang, vide et mort.

Tch’eou-p’ai, tirer les cartes.
Sur des cartes tirées au hasard après avoir prié le poussah, brûlé de l’encens, fait les prostrations rituelles, on trouve écrite ou indiquée par des emblèmes, la réponse à une question posée.

Interroger, Yuen-koang.
On demande à ce génie qui est l’auteur d’un vol, qui a mis le feu à une maison, qui a fait tel mauvais coup.
Avec un bol d’eau, ou avec un miroir, ou avec une coquille d’œuf, ou même sur le bord d’un canal ou d’une pièce d’eau, on demande à voir la figure du coupable apparaître dans le lieu où on fixe son regard. Si la figure n’apparaît pas, on demande à voir au moins les habits qu’il portait au moment du crime.
Si le coupable a soin d’entrer dans les lieux d’aisance, il échappe sûrement aux recherches de Yuen-koang.

‘Kiang-ki’ (Ts’ing San-kou-niang).
Dans la nuit du 29 de la XIIe lune, ou du 9 ou 15 de la 1e, les gens de Hai-men (Kiang‑sou) interrogent San‑kou, (alias Tse‑kou‑chen), la déesse des Latrines, pour savoir si l’année sera bonne ou mauvaise. Un fen‑ki (panier à balayures etc…) en bambou est lié à une balance chinoise (sorte de romaine) ; sur le côté opposé on place un bonnet de femme (bandeau annulaire). Deux hommes prennent les extrémités de la tige de la balance, la portent dans les cabinets d’aisances avec le fen‑ki, et invitent San‑kou à venir à la maison.
Sur une table, on a étendu une couche de riz ou de cendre ; les deux hommes tournent lentement le fen‑ki renversé, et prient San‑kou de bien vouloir écrire, avec le bout du bandeau, la réponse aux questions posées, v.g. : Le riz sera‑t‑il bon ? Le maïs sera‑t‑il abondant ? Aurons‑nous une bonne récolte de lai-mé (sorte de blé‑seigle) ? L’année sera‑t‑elle sèche ou pluvieuse ? etc..
La matrone est ensuite reconduite aux W. C., non sans avoir reçu les remerciements des interrogateurs.

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